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samedi 29 janvier 2011

La mort et alors..

Oncle Roland  © bertrand desprez
 Mourir, ce n’est rien. Commence déjà par vivre. C’est moins drôle et c’est plus long.
Jean Anouilh
Il ne fait aucun doute qu’il existe un monde invisible. Cependant, il est permis de se demander à quelle distance il se trouve du centre ville et jusqu’à quelle heure il est ouvert.Woody Allen




Mortelle randonnée, et oui l'issue est connue et impossible de l'éviter. Des aprentis sorcier trouveront peut être le secret de l'éternité mais ce ne sera pas accessible au commun des mortels ! Seul quelques dieux vivant, Michael ou Zinedine seront élus...Alors avant toute anticipation péremptoire et devant ce chemin sinueux, vie et virages, détours et raccourcis, regardons la mort en face. Curieuse rencontre.
Mort à crédit, "suicide allée" dans l'Incal de Moebius ou euthanasie d'une fin annoncée. Attentat, guerre, glissement de terrain ou tremblement de terre. La mort est omniprésente sans vraiment être apparente. Décalage des images projetées, télévision ou cinéma, mouroir en retrait et crémation en zone industrielle. Que sont devenues les veillées où la mort avait un espace pour exprimer les rires comme les douleurs. 
Photographier les morts comme les vivants pour clore le récit, point d'honneur à s'effacer en image .
Certains photographes se sont engouffrés dans cette voie du silence, comment éclairer la mort ?
Je me souviens d'un magazine littéraire illustré par les photographies de Rudolf Schafer. La sensation intime d'apaisement m'avait profondément touché, une paix intérieure ? 
Ce premier tour d'horizon permet de voir les différentes interprétations de la mort par des artistes , des écrivains, des musiciens, des auteurs de livre  jeunesse, toute remarque sera appréciée pour un nouveau chapitre...
Oncle Roland © berttrand desprez

Oncle Roland © bertrand desprez

Oncle Roland © bertrand desprez


Au moment ou des questions quotidiennes sont posées tant par rapport au vieillissement de la population, de la gestion d'une fin de vie, des suicides un peu trop banalisé, il m'a semblé intéressant de parler de la mort.


Un été à Paris © bertrand desprez 

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Rudolf Schafer : http://blog-dominique.autie.intexte.net/blogs/index.php/all/2005/08/22/de_la_necessite_de_vetir_les_morts
schafer
© rudolf schafer
Rudolf Schäfer, Der ewige Schlaf: Visage de morts
© rudolf schafer
http://blog-dominique.autie.intexte.net/blogs/index.php/all/2005/08/22/de_la_necessite_de_vetir_les_morts
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André Serrano :


 “Les cadavres photographiés ne représentent pas la mort mais bien au contraire. Ils sont très présents, presque vivants. (…) La chair se ressent. D’ailleurs, dans la plupart des photographies, la couleur spécifique de la mort n’est pas encore visible. J’ai cherché avant tout à trouver la vie dans la mort.”

morgue(fatal meningitis II)
The Morgue (Fatal Meningitis II), 1991, Courtesy de la Galerie Yvon Lambert
morgue(heart failure I)
The Morgue (Heart Failure I), 1991, Courtesy de la Galerie Yvon Lambert

Cette fascination pour la représentation de la mort était présente dans le Romantisme au XIXe siècle, et notamment chez Géricault. Évoquons aussi les portraits mortuaires de cette époque qui consistaient à prendre les défunts vêtus de leurs plus beaux atours sur leur lit de mort juste avant l’inhumation. Serrano a pu s’introduire dans une morgue et y travailler. Il a essayé de respecter l’intégrité des modèles tout en s’assurant que leur identité demeurerait secrète. C’est pourquoi les photographies ont toutes des cadrages très serrés, il n’y a aucune vue d’ensemble. Le mystère de leur mort reste donc intact.
Il décide de montrer la mort au plus près, prenant ainsi le contre-pied de la pensée occidentale, pour qui la mort est devenue sujet tabou. On pourrait dire qu’il montre ce que l’on ne saurait voir, ce que l’on considère comme abject, poussé à son paroxysme. On peut parler de photographie plasticienne car Serrano tente de rendre esthétique un sujet qui ne l’est – à priori – pas du tout, en ayant recours au clair-obscur. Il travaille avec cette matière : les corps des défunts, qu’il parvient à sculpter grâce aux jeux de lumière.
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Louis Jammes
Morgue, 1993. © Louis Jammes













Rendre compte de la mort n’est pas chose aisée. Rendre compte des morts l’est encore moins, comme nous permet de le constater The Dead, qui, à mon avis, s’en tire avec certes quelques bonnes œuvres, mais surtout avec le mérite d’avoir consenti à ce que l’art explore l’un des sujets les plus difficiles de la vie.
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Nan goldin dans son travail autobiographique fût confrontée à la mort de ses proches...



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Le suicide de sa soeur marque Nan Goldin au fer rouge et lui donne à ressentir la violence de l’absence, lAraki  Nobuyoshi

Dans son oeuvre foisonnante, multiple et névrotique, Araki, photographe japonais a croisé la mort plusieurs fois, mais c'est surtout le décès de son épouse Yoko , raconté au fil des jours sous la forme d'un journal intime qui est la plus marquante.
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Nobuyoshi Araki : Moi, la vie, la mort

«Observer la vie aussi bien que la mort enlacée dans la vie, ou la vie enlacée dans la mort,  c'est cela l'acte photographique.» (Nobuyoshi Araki)

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Franco Zecchin dont j'ai parlé dans un précédent article a photographié la mort en direct comme de nombreux photojournalistes, Stanley Greene en Tchétchénie, Mac Cullin pendant la guerre du vietnam ou Weegee dans les rue new yorkaises. Une photographie en forme d'upercut, les corps couchés et souvent ensanglantés représentent un aspect  plus violent de la mort.
Vietnam - 1968 © Don Mc Cullin
N'oublions pas la photo universellement connue de Robert Capa "Mort d'un milicien"
mort d'un milicien  © ®obert ©apa



«“Le seul bon Tchétchène est un Tchétchène mort.” Général Ermolov, 1812, soit près de cinquante ans avant que le général américain Sheridan ne dise la même chose des Indiens. » Grozny Janvier 1995.


«En Tchétchénie, la peur vous colle à la peau. Elle vous suit comme votre ombre. La mort est partout, traînant son odeur, ses sons, sa réalité. L'armée russe opère environ 400 postes de contrôle sur l'ensemble du territoire. Autant d'occasions pour des soldats peu formés et indisciplinés d'exiger des pots-de-vin à chaque passage. Les rues sont piégées, la mort arrive sans prévenir. Quand il s'agit de photographier l'événement, il n'y a aucun lieu sûr. Il faut être dedans.»





Plaie à vif

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Manuel Alvarez Bravo



© Manuel Alvarez Bravo



























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Quelques tableaux glanés en chemin, la peinture ayant, bien avant la photographie, servie à décrire la mort sous toute ses formes, guerres, meurtres, tragédie.......
Jerôme Bosch
" La Mort de l'Avare "


le triomphe de la mort de Pierre Bruegel

Fichier:Rembrandt Harmensz. van Rijn 007.jpg
Leçon d'anatomie du docteur Tulp de Rembrandt

Fichier:Francisco de Goya, Saturno devorando a su hijo (1819-1823).jpg
Saturne dévorant son enfant de Goya

Ce tableau fait référence à la mythologie grecque, où Cronos (Saturne dans la mythologie romaine), pour éviter que ne s'accomplisse la prédiction selon laquelle il serait détrôné par l'un de ses enfants, dévore chacun d'eux à leur naissance.


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Portait de Bush à partir des portrais des soldats américains morts en Irak
http://www.liberation.fr/culture/0101160639-photos-des-cliches-de-cadavres-meurtris-reposes-ou-emouvants-exposes-comme-un-cimetiere-en-grande-bretagne-la-mort-par-bravade-a-bradford


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Dans la revue "Terrain" (revue d'ethnologie d'Europe) datée de mars 1993 :


"Dans tous les cimetières observés, la photographie rend présents les défunts et manifestes les relations de réciprocité entre les vivants et les morts : elle sert d'opérateur pour réintégrer dans une structure métahistorique le groupe social déchiré par la mort.".....
....Parfois plusieurs photographies encadrées sont placées autour de celle fixée sur la pierre tombale. A Nicastro, à Sambiase et à Gizzeria, on ajoute à côté de la photographie la carte d'identité du défunt sur laquelle se trouve parfois épinglée l'image d'un parent proche – mari, enfant, etc. – qui a lui-même accompli le geste pour signifier un destin commun et sa fidélité à la mémoire du défunt......



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La mort

Pourquoi la mort de quelqu'un est-elle toujours une sorte de scandale? Pourquoi cet événement si normal éveille-t-il chez ceux qui en sont les témoins autant de curiosité et d'horreur? Depuis qu'il y a des hommes, et qui meurent, comment le mortel n'est-il pas habitué à ce phénomène naturel et pourtant toujours accidentel? Pourquoi est-il étonné chaque fois qu'un vivant disparaît, comme si cela arrivait chaque fois pour la première fois? Telles sont les questions que pose ce livre sur la mort. Dans chacun de ses ouvrages, Vladimir Jankélévitch a essayé de saisir le cas limite, l'expérience aiguë : à son point de tangence avec ces frontières, l'homme se situe à la pointe de l'humain, là où le mystère, l'ineffable, le "je-ne-sais-quoi", ouvrent le passage de l'être au néant, ou de l'être à l'absolument-autre. Il s'attache ici à analyser un évènement considéré dans sa banalité et dans son étrangeté à la fois, dans son anomalie normale, son tragique familier, bref, dans sa contradiction. "Si la mort n'est pensable ni avant, ni pendant, ni après, écrit Jankélévitch, quand pourrons-nous la penser?" Et il entreprend cette tâche périlleuse: conter l'inénarrable, décrire l'indescriptible.


L'Homme et la Mort


La mort est ce qui identifie l'homme à l'animal et ce qui l'en différencie. Comme tout être vivant, l'homme subit la mort. A la différence de tout être vivant, il nie la mort dans ses croyances en un au-delà. Edgar Morin dégage les attitudes fondamentales des hommes et des cultures à l'égard de la mort. Il examine l'horreur de la mort, le risque de mort, le meurtre, et les deux grands mythes originaires de la mort : celui de la survie et celui de la renaissance. Il dégage les croyances concernant la mort dans les grandes civilisations historiques pour en arriver à la crise contemporaine de la mort et aux nouvelles conceptions biologiques sur les relations entre vie et mort.


Antropologie de la mort
Louis-Vincent Thomas (1922-1994) est le premier anthropologue à avoir étudié systématiquement les rites et savoirs liés à la mort depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours


Notre société, violente et mortifère, est néanmoins caractérisée par le déni de la mort. Celle-ci nous obsède, car elle est notre unique certitude, mais en même temps nous faisons tout pour l?oublier. D?autres sociétés, notamment en Afrique, ont une attitude différente. Quelle est donc la place de la mort en Occident ? Quelle est celle des morts ? Comment accepter notre destin de mortel afin de mieux vivre ? De ce livre monumental, Daniel Roche a écrit, dans les Annales, qu?il « peut-être considéré comme l?un des guides indispensables à nos interrogations collectives ».


Dans une facture romanesque, différents auteurs abordent la mort par des chemins éloignés:
La mort est mon métierRobert Merle comme Primo Lévi évoque l'horreur de la shoah, une mort programmée qui nous met face à notre responsabilité d'être humain...

Vaste méditation sur la mort, cette épopée comique aux relents de cauchemar, construite dans le plus pur style de l'épopée picaresque à la Don Quichotte, nous entraîne avec une virulence de ton parfois diabolique dans un monde où les morts se monnayent et se négocient, quand les vivants eux prennent l'allure de grotesques fantômes. Univers fantasmagorique où le mensonge, le délire et la logique du rêve se télescopent.





Mort à crédit





" Ce livre [Mort à crédit] furieux, qui gronde, cataracte, frappe comme un bélier, on n'a jamais fini d'en faire le tour, de le mesurer. C'est une œuvre satanique, s'il est vrai que l'enfer n'est que la privation de l'espoir. C'est un grand "Non !" vociféré à toutes les questions que pose la vie. "
    " Céline, vous pourrez bien désormais dire et faire tout ce que vous voudrez. Vous avez donné une voix au désespoir humain. Une voix qui ne se taira plus. "


Pierre Scize, Ceux qui n'aiment pas Céline, Le merle blanc, 19 septembre 1936.



 " Mort à crédit est pour moi le bouquin le plus important de ce siècle. Parce qu'il contient toute la détresse de l'homme. A côté du cri de Céline, moi, je pousse des plaintes de chiot qui a envie de pisser. Lui, il l'a balancée sa clameur ! Elle est intacte, satellisée au-dessus de nous. On ne peut rien y toucher. C'est toute la misère de la vie, toute l'angoisse, toute la mort. C'est plein d'amour, c'est plein de pitié, c'est plein de colère, c'est plein d'éclairs, de mains tendues, de poings brandis, de mains tendues qui se transforment en poings. Et puis de désespoir. Parce que le désespoir, c'est la vie. Lui l'a su."


Frédéric Dard, Je le jure. Paris : Stock, 1975.



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Enfin le remarquable "Mourir" d'Arthur Schnitzler:

« Elle releva soudain les yeux, de grands yeux qui ne pleuraient plus. Puis elle se précipita vers lui, se cramponna à lui, le pressa des deux mains contre sa poitrine. Elle murmura : “Je veux mourir avec toi.” Il sourit. “Ce sont des enfantillages. Je ne suis pas si mesquin que tu le penses. Je n’ai au reste pas du tout le droit de t’entraîner avec moi. »


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La mort s'accompagne en musique:


«Évoquant la peine, le deuil ou accompagnant le disparu jusqu'à sa destination finale, la musique remplit une fonction rituelle attestée dans les sociétés les plus diverses pour devenir, dans le cadre de la culture occidentale, un champ majeur de création, et jusqu'à un certain point devenu autonome, qui a inspiré de nombreuses oeuvres et des chefs-d'oeuvre qui posent directement la question des rapports entre la musique et la mort.» (J. Lévy, «Les musiques et la mort», Frontières, vol. 20, n°2, 2007, p. 7)


Mozart, Cherubini, Berlioz, Verdi, Fauré, Duruflé, pour ne citer que les plus classiques, et plus près de nous Krzyztof Penderecki (1984), Roman Maciejewski (1960), Andrew Lloyd Webber (1984) présentent des requiem qui non seulement sont monumentaux mais invitent à la profondeur méditative, au retour réflexif sur la condition humaine, par le seul fait de leurs propositions musicales.» («Quand les mots manquent...Travail de deuil, rituel et musique»,Frontières, vol. 20, n° 2, p. 14)














Certains chanteur comme Georges Brassens s'empare du thème pour le détourner, le politiser lui donner une profondeur:
-la balade des cimetierres
-les croques morts améliorés
-mourir pour des idées
-Pensée des morts


et le grand Jacques bien sur:















Mc Solaar plus récemment avec "Armand est mort"


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A noter un site québécois "Encyclopédie sur la mort" qui répertorie de nombreuses informations sur les aspects culturels, philosophiques,sociologiques, bibliographiques ....






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Dans le foisonnement de la littérature jeunesse, on trouve quelques livres évoquant la mort avec plus ou moins de succès, dernièrement j'ai repéré ce très beau livre:

Au revoir blaireau

et celui-ci:


Dans « La visite de Petite Mort », Kitty Crowther donne à l’horrible faucheuse (image d'Epinal aussi vivace qu' effrayante) le visage d’un enfant. Et Petite Mort ne comprend pas, souffre de la peur, de l’immense incompréhension qui l’entoure, ce ne sont que visages fermés et corps transis de froid qui l’accueillent. Mais Petite Mort, un jour, rencontre une petite fille qui lui sourit…
Je ne vous en dirai pas plus… Ce livre est à lire, à regarder juste pour soi, avant de le partager avec des plus petits que soi. Vous risquez d’être étonné de son accueil auprès des jeunes lecteurs…



Claire en Suède © bertrand desprez
à bientôt............................

mardi 11 janvier 2011

L'aveuglement

Sao Paulo  © bertrand desprez
L'aveuglement c'est ne rien voir, ni la violence de nos rapports humains qui évoluent au grès des mutation de société, des crises financières et des progrès technologiques. C'est surtout l'aveuglement d'une classe politique, toujours prête à conserver ses acquis, retraites dorées des députés, voitures de fonctions, "train de vie des sénateurs ", cumul des mandats qui est révoltante. Droite, gauche, centre , même faculté visuel, pas de lunettes ni de verres de contact, habillés de lunettes noires anthracite voir charbon, ils ne discernent plus aucunes réalités sociales, logement, précarité, absence de travail, harcèlement lorsqu'il y en a... Voilà, l'aveuglement du pouvoir où l'être humain n'est plus qu'un numéro au choix, carte vitale, carte bleue, carte navigo ou carte de fidélité !! L'aveugle tâtonne, recherche l'équilibre, des repères de déplacement, heureusement le braille, la signalétique urbaine, quelques progrès ont été réalisés , mais tant reste à faire. La métaphore de l'aveuglement est souvent utilisé pour dénoncer l'absence de regard, d'observation d'un monde complexe mais surtout...passionnant. L'homme a des facultés d'adaptations incroyables qui ont pu être observés a de multiples reprises, guerres ou famine, expéditions difficiles, courses en solitaire à bord d'immenses voiliers, l'homme a des dispositions insoupçonnées. Mais tout cela ne justifie pas l'aveuglement d'un certain nombre de nos décideurs qui s'obstinent à ne pas voir la réalité. Je viens de lire un roman de José Saramago dont le titre est justement "l'aveuglement"



Un homme, assis au volant de sa voiture, attend devant un feu rouge. Il devient soudain aveugle. C'est le début d'une épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. En quarantaine dans un hôpital ou livrés à eux-mêmes dans la ville, privés de tout repère, les hordes d'aveugles devront faire face à ce qui, en l'homme, est le plus primitif : la volonté de survivre à n'importe quel prix. Guidés par une femme, le seul être qui n'a pas été frappé par la " blancheur lumineuse ", les personnages de ce magnifique et insolite roman connaîtront mille aventures. L'amour, la haine, la cruauté, l'indifférence, la peur, autant de passions qui nous aveuglent et à partir desquelles José Saramago bâtit une inquiétante allégorie des temps que nous vivons.








La lucidité


José Saramago disait "Ce que je cherche à exprimer, c'est l'indignation sur l'état du monde, c'est la misère, la détresse où vivent des millions de personnes. Une partie énorme de l'humanité vit dans une apocalypse permanente de la naissance à la mort. C'est ça le progrès ? C'est ça la civilisation ?" Blogueur impénitent, pourfendeur des injustices sociales et politiques, José Saramago était un énervé chronique, une voix contestataire de la littérature contemporaine qui avait trouvé en Internet le support idéal de sa liberté d'expression chérie. Petit-fils de fermiers illettrés, contraint d'abandonner ses études pour apprendre le métier de serrurier, il se lance sur le tard dans l'écriture. Une vingtaine de romans, quelques essais et pièces de théâtre plus tard, il est le seul lauréat lusophone du prix Nobel de littérature. Le Portugal pleure un géant des lettres et son meilleur ambassadeur dans le monde.




un film a été adapté du roman par  Fernando Meirelles sous le titre "Blindness" et a reçu un accueil mitigé, notamment de la part des personnes atteintes de cécité.
La littérature et surtout la fiction n'est pas toujours évidente à adapter au cinéma (le film "La route" en est un exemple également)



Le film a été vivement critiqué par plusieurs organisations représentant la communauté des aveugles. Dr Marc Maurer , président de la Fédération nationale des aveugles , a déclaré: "La Fédération Nationale des Aveugles condamne et déplore ce film, qui fera un préjudice important à l'aveugle de l'Amérique et le monde." [38] Un communiqué de presse du Conseil américain des aveugles a déclaré: «... il est bien évident pourquoi les personnes aveugles seraient outrés par ce film. Les aveugles ne se comportent pas comme des barbares, des créatures animalisés." [39] La Fédération Nationale des Aveugles annoncé son intention de dans les salles au moins 21 Etats, dans la plus grande manifestation dans l'histoire de l'année.'s 68-organisation de piquetage [40] José Saramago a répondu: "stupidité ne choisit pas entre aveugles et non-aveugles." [41]
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Pour reprendre un jeu qui consiste à récupérer des brèves informations sur le net, voici ce que celà peut donner :



  1. De l'éblouissement à l'aveuglement, la limite semble actuellement bien ténue lorsqu'il s'agit d'évoquer l'or. L'irrésistible ascension du métal jaune ...
    La passion et l'aveuglement conduisent souvent à émettre des points de vue aussi inexacts que subjectifs sur l'appréciation et la résolution de difficultés ...Dans les cercles diplomatiques arabes et occidentaux, on critique l'aveuglement d'une opposition qui sacrifie les intérêts de la population, ...
... à la fois la crise économique et l'aveuglement des politiques publiques depuis trente ans. Chômage de masse, déclassement, logement impossible, suicide… ...
Un pastoralisme de plus en plus menacé par l'aveuglement des administrations parisiennes ou bruxelloises
A l'aveuglement de l'homo sapiens, dont la rationalité manque de complexité, se joint l'aveuglement de l'homo demens possédé par ses fureurs et ses haines. ...(Edgard Morin)










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    1. Dans le bog de Jean Daniel, un très beau billet sur l"aveuglement"



    Florence © bertrand desprez







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      1. Puis pour revenir vers l'image, celle qui nous aveugle .. la photographie et ses histoire incroyables, ses auteurs inconnus, reconnus, parfois discret et silencieux, parfois tonitruant et médiatisé à outrance. 




    1. Voilà deux ou trois histoires qui touche le monde des aveugles et parle un peu de l'aveuglement :











      1. Evgen Bavcar Ingénieur à l'IEAC et photographe: "Il faut distinguer le visuel, ce que voient nos yeux, du visible, ce que voit notre esprit."














        . ..
        © Evgen Bavcar













      1. «À 12 ans j'étais amoureux d'une jeune fille qui portait ses cheveux noués en une longue queue de cheval. Je me suis plongé dans sa chevelure et je n'ai depuis jamais trouvé la sortie. » Evgen Bavcar s'amuse à raconter cette petite histoire poétique inventée lorsque, un peu agacé par la récurrence de la question, on lui demande comment à l'âge de 12 ans il est devenu aveugle. Une marque de l'originalité de ce personnage qui, comme pour relever le défi de son handicap, a fait de l'image sa spécialité et de la photographie son œuvre. Naturalisé français, cet artiste slovène expose un peu partout. Diplômé de philosophie, il est souvent convié à s'exprimer sur le statut de l'image. C'est en effet à ce sujet entre autres1 qu'il se consacre depuis 1976 au sein de l'Institut d'esthétique des arts contemporains (IEAC) à Paris. Mais son intégration administrative n'a pas été simple, même si, « pour les directeurs successifs de l'Institut, ma cécité n'a jamais été un problème. Et pour cause : en sciences humaines, l'acceptation que tout homme est handicapé dans son corps et dans son esprit est le point de départ de toute réflexion. » Il obtient finalement en 2001 un poste réservé d'ingénieur d'étude à l'IEAC. Son activité de photographe artiste et son travail de chercheur sont intimement liés. « Je m'intéresse à la photographie non comme technique mais comme idée. Non à l'invention du XIXe de Niepce ou Daguerre mais à ses origines conceptuelles. Pour moi, la première chambre noire est la caverne de Platon2, explique le chercheur. Il faut distinguer le visuel, ce que voient nos yeux, du visible, ce que voit notre esprit. Le sens n'est pas donné seulement par les expériences visuelles, mais aussi par celles invisibles à l'œil. D'ailleurs la science n'aurait pas de sens, sans cela. » Passionné d'astronomie, Evgen raconte sa rencontre avec Peter Von-Ballmoos3, qui lui dit : « Nous autres astrophysiciens sommes tout aussi aveugles que toi, nous ne pouvons pas voir l'Univers, ce que nous voyons n'est qu'interprétations de ce que proposent nos techniques. En science, c'est très souvent le cas. » Comme pour prouver sa non-singularité, il ne cache pas ses yeux derrière des lunettes noires et d'ajouter : « la cécité est un problème universel. » Persuadé en cela que « les aveugles ont des connaissances à proposer aux voyants », il poursuit :  



        1. « laisser le champ libre aux autres perceptions permettrait un enrichissement de leur regard, une ouverture à de nouvelles interprétations, qui, sous le poids démesuré du “visuel”, ne peuvent se frayer un chemin. »

      Comète de Hale-Bopp

      © E. Bavcar / CNRS
      Comète de Hale-Bopp photographiée en 1997 en Slovénie par Evgen Bavcar.

      Comment réalise-t-il ses portraits ? En évaluant les distances avec ses bras et en utilisant l'autofocus de son Leica pour la mise au point. Mais on reste surpris devant le cliché qu'il réalise en 1997 de la comète de Hale-Bopp. Il juge le résultat de ses prises de vue en les faisant décrire par sa nièce ou ses amis. Cet homme bienveillant au visage paisible, au regard bleu, au collier poivre et sel, garde un certain mystère. « J'ai été invité à Marseille comme membre du jury pour des œuvres vidéo d'artistes contemporains, on me racontait les films, explique-t-il. Un pianiste aveugle était aussi invité, poursuit-il d'un ton admiratif, on lui a demandé d'improviser sur les films muets. » Silence. « C'est cela que j'appelle l'intelligence suprême. » Et Evgen
      d'ajouter : « Au CNRS je retrouve cette ouverture où l'on donne la parole à ceux qui peuvent parler beaucoup plus de l'intérieur. »

      Stéphanie Belaud pour le journal du CNRS

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      Yoshiko est une amie photographe, elle a réalisé un travail sur l'univers des aveugles avec pudeur et poésie:
      Ce reportage est source de son travail et de sa créativité ; du réel elle bascule dans la fiction et le conte (de fées ?). 









      1. Sa première histoire sera en braille, en noir et blanc, dans l’univers des non-voyants.









      1. Installée à Paris depuis 1991, Yoshiko Murakami étudie la photographie et rencontre son sujet, celui des aveugles. Mais que dire face à des images pointillistes ou pointillées, face aux discours fondés sur la réalité. L’environnement des personnes non-voyantes devrait être paradoxalement l’invisible, l’obscurité, le noir ou le vide. Yoshiko entre dans cet univers des sens, rempli de noir et blanc, tel un monde d’images sans doute sans couleurs si ce n’est celles de la poésie, de l’imaginaire. Elle nous révèle le lien qui se crée entre le point braille du texte et le grain argentique de la photographie. La vision du non visible devient la réalité pour le voyeur qu’est Yoshiko.

      Les Mains Pour Voir - Yoshiko Murakami


      livre édité chez Actes Sud avec le soutien de la fondation HSBC pour la photographie
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      © Jane Evelyn Atwood

      J'ai eu l'occasion de rencontrer plusieurs fois Jane Evelyn Atwood, une photographe engagée qui a toujours refusé "l'aveuglement". Elle a raconté et photographié de nombreuses histoires d'êtres humains pris dans la tourmente du destin, sida, prison, légion étrangère, prodstitution. Elle a réalisé un reportage sur les aveugles qui lui a valu le premier prix Eugène Smith.







      1. Jane Evelyn Atwood est née à New York en 1947 et vit en France depuis 1971 Elle à d'abord travaillé dans la tradition de la photographie documentaire, et parfois pendant de longues périodes. sur des individus ou des groupes de gens en marge de la sociéte. Elle est i'auteur de cinq livres, dont deux consacrés a des 





          1. prostituées à Paris, un à la Légion Étrangère française, et "Extérieur nuit", paru dans la collection Photo Poche Société, aux éditions Nathan, sur les aveugles. En 2000 sort "Trop de Peines, Femmes en prison", aux éditions Albin Michel ("Too Much Time, Women in Prison'', chez Phaidon Press Ltd). 




          1. Différents prix internationaux ont distingué ses travaux en 1980 elle à été lauréate de la prernère bourse de la Fondation W. Eungene Smith pour son sujet sur les aveugles. Son reportage''Jean Louis, vivre et mourir du 





              1. Sida", à I'occasion duquel elle a accompagné jusqu'à sa mort l'hornrne qu'elle photographiait, lui a valu en 1987 un prix de la Fondation du World Prese Photo d'Amsterdam. Elle a reçu en 1990 le Grand Prix Paris Match du Photojournalisme pour un sujet sur les prisons de fernrnes en Urss qui 





                  1. lui a valu également le prix du Canon Photo Essay 1991. En 1994 une bourse de 1a Fondation Hasselblad en Suede ainsi que le Ernst Haas Award, organisé par le Maine Photographic Workshops, aux Etats-Unis, lui permettent d'etendre son travail sur les prisons de femmes à plusieurs pays 




          1. dans le monde. En 1996, elle gagne le Grand Prix du Portfolio, decerné par la SCAM (Société Civile des Auteurs Mullimédias). Leica Camera lui attribue le Prix Oscar Barnack pour ce travail sur des prisons en 








      1. 1997, et en 1998, elle gagne un Prix Alfred Eisenstadt. Cette méme année, I'ensemble de ses images sur les prisons de femmes est exposé pour la premiere fois à la Maison de la Villette dans le cadre du Mois de la  










              1. Photo à Paris. 










      prison de femmes © jane evelyn atwood