créer des passerelles, des jeux d'équilibres, entre les cinq sens toujours en éveil, garder l'esprit de l'enfance, s'émerveiller et faire partager la poésie des mots, de l'image, des sons...
Bourrasques de pluie, les branches peinent à s'accrocher. Les grands mats tanguent, leurs ossatures craquent comme de vieilles coques de noix. Le vent ne faiblit pas et les ruelles amplifient le souffle humide de l'automne. L'atmosphère est ocre, le ciel rouge comme un feu d'artifice dont le bouquet final embraserait la ville. Perrigueux est endormi et sa cathédrale veille sur ses ouailles. Sur le sol détrempé, des feuilles se couchent sans pouvoir se relever. Elles se superposent, s'entassent puis s'étiolent, disparaissent dans une bouillie d'humus urbain. Dans les parcs, les arbres se dénudent rapidement surpris par la rapidité et la force du coup de semonce, l'automne a frappé, effeuillant sans vergogne les bras des géants endormis. Les gouttes se déposent ça et là, tableaux abstraits d'une nature flamboyante. Autumn leaves .
Voici quelques propositions musicales, poétiques et quelques images
Telle la main droite / d'une sage-femme / la feuille d'érable en automne
Samboku, 17ème siècle Les herbes se couvrent/ d'automne / Je m'assieds
Matsuo Bashô 1644-1694
Le Japon me fascine toujours et certainement restera l'énigme de ma vie. Tout est complexe et pourtant si fluide, regardez les haïkus, forme poétique composée de trois vers formés de 5 puis 7 enfin 5 syllabes. On attribue à Basho (1644-1694), la paternité du haïku.
La vie de ce fils de samourai, né près de Kyoto en 1644, fut exclusivement voué à la poésie. Âgé de treize ans, il apprend auprès d’un maître du haïkaï les premiers rudiments de ce genre. Plus tard, après avoir lui-même fondé une école et connu le succès à Edo (l’actuelle Tokyo), il renonce à la vie mondaine, prend l’habit de moine, et s’installe dans son premier ermitage. Devant sa retraite, il plante un bananier, un bashô, offert par l’un de ses disciples - ce qui lui vaudra son pseudonyme. Sa vie est dès lors faite de pauvreté, d’amitiés littéraires et de voyages. Osaka sera le dernier. Après avoir dicté un ultime haïkuà ses disciples éplorés, il cesse de s’alimenter, brûle de l’encens, dicte son testament, demande à ses élèves d’écrire des vers pour lui et de le laisser seul. Il meurt le 28 novembre 1694. Sur sa tombe, on plante un bashô.
Bibliographie : Cent onze haïku de Bashô, Verdier 2002. Traduction de Joan Titus-Carmell
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何の木の 花とはしらず 匂い哉
les fleurs de quel arbre- impossible de savoir mais un tel parfum !
nan no ki no hana towa shirazu nioi kana
起きよ起きよ 我が友にせん 寝る胡蝶
réveille-toi, réveille-toi et deviens mon compagnon papillon qui dort
oki yo oki yo waga tomo ni sen neru kochô
さまざまの 事おもひ出す 櫻かな
tant et tant de choses me reviennent à l'esprit fleurs de cerisiers !
samazama no koto omoidasu sakura kana
稲妻に さとらぬ人の とうととさよ
devant un éclair l’homme qui ne comprend pas est bien admirable !
inazuma ni satoranu hito no tôtosa yo
冬枯や 世は一色に 風の音
désolation hivernale dans le monde monochrome le bruit du vent
fuyugare ya yo wa hito iro ni kaze no oto
春雨や 蓑吹き返す 川柳
ô pluie du printemps ! un saule caresse ma cape de voyageur...