
© bertrand desprez
créer des passerelles, des jeux d'équilibres, entre les cinq sens toujours en éveil, garder l'esprit de l'enfance, s'émerveiller et faire partager la poésie des mots, de l'image, des sons...



La vie de ce fils de samourai, né près de Kyoto en 1644, fut exclusivement voué à la poésie. Âgé de treize ans, il apprend auprès d’un maître du haïkaï les premiers rudiments de ce genre. Plus tard, après avoir lui-même fondé une école et connu le succès à Edo (l’actuelle Tokyo), il renonce à la vie mondaine, prend l’habit de moine, et s’installe dans son premier ermitage. Devant sa retraite, il plante un bananier, un bashô, offert par l’un de ses disciples - ce qui lui vaudra son pseudonyme. Sa vie est dès lors faite de pauvreté, d’amitiés littéraires et de voyages. Osaka sera le dernier. Après avoir dicté un ultime haïkuà ses disciples éplorés, il cesse de s’alimenter, brûle de l’encens, dicte son testament, demande à ses élèves d’écrire des vers pour lui et de le laisser seul. Il meurt le 28 novembre 1694. Sur sa tombe, on plante un bashô.
Bibliographie : Cent onze haïku de Bashô, Verdier 2002. Traduction de Joan Titus-Carmell
les fleurs de quel arbre-
impossible de savoir
mais un tel parfum !
nan no ki no
hana towa shirazu
nioi kana
起きよ起きよ
我が友にせん
寝る胡蝶
réveille-toi, réveille-toi
et deviens mon compagnon
papillon qui dort
oki yo oki yo
waga tomo ni sen
neru kochô
さまざまの
事おもひ出す
櫻かな
tant et tant de choses
me reviennent à l'esprit
fleurs de cerisiers !
samazama no
koto omoidasu
sakura kana
稲妻に
さとらぬ人の
とうととさよ
devant un éclair
l’homme qui ne comprend pas
est bien admirable !
inazuma ni
satoranu hito no
tôtosa yo
冬枯や
世は一色に
風の音
désolation hivernale
dans le monde monochrome
le bruit du vent
fuyugare ya yo wa hito iro ni kaze no oto
ô pluie du printemps !
un saule caresse
ma cape de voyageur...
haru same ya mino fuki kaesu kawa yanagi

Mais sont avares de paroles envers l’inconnu
Les visages se ferment comme des pinces de crabes
Sur leurs passages, seul le vent laisse une trace
Et la mer tout autour épuise le silence
D’une vie à l’écart des beaux sentiments
Ici les mots sont comme des pierres, définitifs
La roche ne s’effrite pas si facilement.
Houat, mai 2010
© bertrand desprez














Le Danseur de corde et le Balancier
Sur la corde tendue un jeune voltigeur
Apprenoit à danser ; et déjà son adresse,
Ses tours de force, de souplesse,
Faisoient venir maint spectateur.
Sur son étroit chemin on le voit qui s’avance,
Le balancier en main, l’air libre, le corps droit,
Hardi, léger autant qu’adroit ;
Il s’éleve, descend, va, vient, plus haut s’élance,
Retombe, remonte en cadence,
Et, semblable à certains oiseaux
Qui rasent en volant la surface des eaux,
Son pied touche, sans qu’on le voie,
À la corde qui plie et dans l’air le renvoie.
Notre jeune danseur, tout fier de son talent,
Dit un jour : à quoi bon ce balancier pesant
Qui me fatigue et m’embarrasse ?
Si je dansois sans lui, j’aurois bien plus de grace,
De force et de légèreté.
Aussitôt fait que dit. Le balancier jeté,
Notre étourdi chancelle, étend les bras, et tombe.
Il se cassa le nez, et tout le monde en rit.
Jeunes gens, jeunes gens, ne vous a-t-on pas dit
Que sans regle et sans frein tôt ou tard on succombe ?
La vertu, la raison, les loix, l’autorité,
Dans vos desirs fougueux vous causent quelque peine ;
C’est le balancier qui vous gêne,

"Comment pourrais-je m’ennuyer tant que je connais des mots ?"
"Dis ce qui t’est le plus personnel, dis-le, il n’y a que cela qui importe, n’en rougis pas : les généralités se lisent dans les journaux."
« Le sage saura demeurer un enfant tout au long de sa vie »
«Personne n'a d'ami pour tout ce qu'il est : ce serait de la corruption.»
«Il y a deux espèces de gens, les trompés et les trompeurs, les faibles et les forts. Les forts sont comme le granit, on peut les presser autant qu'on veut, on n'en tirera jamais rien.»
© bertrand desprez

