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jeudi 20 mai 2010

Le fil rouge de Sao Paulo


© bertrand desprez

Les artères étaient bouchées, la pression montait de manière inquiétante et la chaleur devenait étouffante. La ville cherchait son souffle et chacun retenait sa respiration. Les rues devenaient électriques et le sang éclaboussait déjà les murs sans savoir comment arrêter ce flux. La carte indiquait clairement les caillots humains qui se formaient à certain endroit du centre urbain. Deux jeunes filles explosèrent en même temps , arrachant le sac d’un garçon plus jeune qu’elles. La tension montait d’un cran là où on ne l’attendait pas. Les voitures devinrent minuscules, écrasées par la végétation en colère. Le rouge gagnait du terrain, on pouvait voir sa progression sur un plan détaillé, les gens fuyaient le centre-ville pour se cacher mais leur vêtements, teintés de rouge trahissaient la croissance inquiétante de l'envahisseur. Seule la complémentaire pourrait peut être freiner sa conquête. La forêt devait reprendre ses droits, le vert d'une photosynthèse face au sang des villes
texte & images © bertrand desprez

mardi 18 mai 2010

Basho, pour le plaisir des sens



Le Japon me fascine toujours et certainement restera l'énigme de ma vie. Tout est complexe et pourtant si fluide, regardez les haïkus, forme poétique composée de trois vers formés de 5 puis 7 enfin 5 syllabes. On attribue à Basho (1644-1694), la paternité du haïku.


La vie de ce fils de samourai, né près de Kyoto en 1644, fut exclusivement voué à la poésie. Âgé de treize ans, il apprend auprès d’un maître du haïkaï les premiers rudiments de ce genre. Plus tard, après avoir lui-même fondé une école et connu le succès à Edo (l’actuelle Tokyo), il renonce à la vie mondaine, prend l’habit de moine, et s’installe dans son premier ermitage. Devant sa retraite, il plante un bananier, un bashô, offert par l’un de ses disciples - ce qui lui vaudra son pseudonyme. Sa vie est dès lors faite de pauvreté, d’amitiés littéraires et de voyages. Osaka sera le dernier. Après avoir dicté un ultime haïkuà ses disciples éplorés, il cesse de s’alimenter, brûle de l’encens, dicte son testament, demande à ses élèves d’écrire des vers pour lui et de le laisser seul. Il meurt le 28 novembre 1694. Sur sa tombe, on plante un bashô.

Bibliographie : Cent onze haïku de Bashô, Verdier 2002. Traduction de Joan Titus-Carmell

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何の木の
花とはしらず
匂い哉

les fleurs de quel arbre-
impossible de savoir
mais un tel parfum !

nan no ki no
hana towa shirazu
nioi kana

起きよ起きよ
我が友にせん
寝る胡蝶

réveille-toi, réveille-toi
et deviens mon compagnon
papillon qui dort

oki yo oki yo
waga tomo ni sen
neru kochô

さまざまの
事おもひ出す
櫻かな

tant et tant de choses
me reviennent à l'esprit
fleurs de cerisiers !

samazama no
koto omoidasu
sakura kana

稲妻に
さとらぬ人の
とうととさよ

devant un éclair
l’homme qui ne comprend pas
est bien admirable !

inazuma ni
satoranu hito no
tôtosa yo

冬枯や
世は一色に
風の音

désolation hivernale
dans le monde monochrome
le bruit du vent

fuyugare ya
yo wa hito iro ni
kaze no oto


春雨や
蓑吹き返す
川柳

ô pluie du printemps !
un saule caresse
ma cape de voyageur...

haru same ya
mino fuki kaesu
kawa yanagi


dimanche 16 mai 2010

Houat




Houat

Les îliens se croisent, échangent quelques mots

Mais sont avares de paroles envers l’inconnu

Les visages se ferment comme des pinces de crabes

Sur leurs passages, seul le vent laisse une trace

Et la mer tout autour épuise le silence

D’une vie à l’écart des beaux sentiments

Ici les mots sont comme des pierres, définitifs

La roche ne s’effrite pas si facilement.

Houat, mai 2010

© bertrand desprez

samedi 15 mai 2010

Le retour des Lucioles


Quel plaisir de retrouver David et ses lucioles à St Germain Lembron. Le grenier est toujours aussi sombre et les fantômes plus présents que jamais. Certains s'improvisent musiciens des ombres , d'autres danseurs des ténèbres. Isabelle est toujours insaisissable, tournoyante, lumineuse. Manon reste la muse découverte lors de la dernière séance, le grenier habité par une princesse imperturbable. Des gardes fidèles, Fabien et Flavien. Pour les décors, Théo fait des merveilles, les objets empilés tiennent par miracle, magie d'un chamanisme improvisé. Le lendemain au fond d'une grotte, après une marche en forêt, les lucioles caressent les parois humides et éclairent des hommes préhistoriques revenus pour nous révéler les secrets du feu...

jeudi 13 mai 2010

marcher sur un fil puis danser...




Voilà quelques nouvelles de ma lente progression sur le fil tendu entre un point A (anarchie, anachronisme, animisme, acrobatie, alambiqué..) et un point B (bazar, bévue, brume et bourrasque). Le monocycle est maîtrisé mais je tourne facilement à gauche alors que mon tour de rein à droite reste problématique, le jonglage m'apprends la patience et la régularité quand à la boule, je me régale, ours ou otarie en équilibre sphérique. Je profite de l'occasion pour vous communiquer cette fable et quelques images


Une fable de Florian

Le Danseur de corde et le Balancier

Sur la corde tendue un jeune voltigeur

Apprenoit à danser ; et déjà son adresse,

Ses tours de force, de souplesse,

Faisoient venir maint spectateur.

Sur son étroit chemin on le voit qui s’avance,

Le balancier en main, l’air libre, le corps droit,

Hardi, léger autant qu’adroit ;

Il s’éleve, descend, va, vient, plus haut s’élance,

Retombe, remonte en cadence,

Et, semblable à certains oiseaux

Qui rasent en volant la surface des eaux,

Son pied touche, sans qu’on le voie,

À la corde qui plie et dans l’air le renvoie.

Notre jeune danseur, tout fier de son talent,

Dit un jour : à quoi bon ce balancier pesant

Qui me fatigue et m’embarrasse ?

Si je dansois sans lui, j’aurois bien plus de grace,

De force et de légèreté.

Aussitôt fait que dit. Le balancier jeté,

Notre étourdi chancelle, étend les bras, et tombe.

Il se cassa le nez, et tout le monde en rit.

Jeunes gens, jeunes gens, ne vous a-t-on pas dit

Que sans regle et sans frein tôt ou tard on succombe ?

La vertu, la raison, les loix, l’autorité,

Dans vos desirs fougueux vous causent quelque peine ;

C’est le balancier qui vous gêne,

Mais qui fait votre sûreté.

mardi 11 mai 2010

Le coeur secret de l'horloge...


© bertrand desprez



Un auteur extrapordinaire ......

Elias Canetti (1905-1994)

Elias Canetti est né en Bulgarie, d’une famille d’origine juive séfarade. Il a côtoyé dès son plus jeune âge toutes sortes de langues et nationalités et vécu son enfance et sa jeunesse dans divers pays européens. Le 15 juillet 1927, un évènement marquera sa vie et son œuvre : une manifestation populaire qui tourne à l’incendie du palais de justice de Vienne. Cela provoquera en lui le désir d’analyser et de comprendre le rapport entre les comportements de masse et le pouvoir. Il étudiera cette problématique centrale de l’histoire du XXe siècle jusqu’en 1960, date de la publication de l’œuvre majeure de sa vie, Masse und Macht (Masse et puissance). « Il se peut que toute la substance du 15 juillet soit entièrement passée dans Masse et puissance. »
Homme de toutes les langues, de toutes les tentatives scientifiques et artistiques, méconnu en France, il devient Prix Nobel de littérature en 1981. Son œuvre, parsemée de journaux, carnets de note et récits de voyage, évoque avec nostalgie la vie cosmopolite de milieux artistiques et littéraires d’Europe Centrale durant l’entre-deux-guerres. 
 Multiforme, fascinant, Canetti n’a cessé, au milieu des grandes révolutions du XXe siècle, de capter la vie dans sa diversité au point de remettre en cause le principe même de la création artistique.

©bertrand desprez

"Comment pourrais-je m’ennuyer tant que je connais des mots ?"

"Dis ce qui t’est le plus personnel, dis-le, il n’y a que cela qui importe, n’en rougis pas : les généralités se lisent dans les journaux."

« Le sage saura demeurer un enfant tout au long de sa vie »

«Personne n'a d'ami pour tout ce qu'il est : ce serait de la corruption.»

«Il y a deux espèces de gens, les trompés et les trompeurs, les faibles et les forts. Les forts sont comme le granit, on peut les presser autant qu'on veut, on n'en tirera jamais rien.»


© bertrand desprez



mardi 4 mai 2010

jeux de mains



Caresser, toucher, tenir, prendre, jeter, pétrir, malaxer, mélanger, croiser, secouer, saluer, écrire et décrire, travailler, sculpter et signer, singer, effleurer, étreindre, pousser, planter, gratter, ratisser, recevoir, frapper, assommer, aplatir, aplanir, attraper, accrocher et accueillir, balancer, donner.....



Au cours d'une promenade pour le magazine L'Express, dans les coulisses d'un grand château (je vous laisse deviner), j'ai attrapé quelques mains en papillonnant de l'oeil....

© Bertrand Desprez